•  

    Merci du fond du coeur pour vos réactions et encouragements sous le premier chapitre d'hier, (clique, pour rattraper ton retard si t'as raté).

    J'ai tout lu, tout. Ça m'a donné des ailes pour écrire la suite que voici.

    J'espère qu'elle vous plaira.

     

     

     

    Samedi, 23 janvier 2016.

    Mais.. c’est quoi ce bruit ?
    Un tracteur ? Oui, on dirait bien un tracteur…
    C’est une ville agricole Biarritz ?
    Ou alors, quelqu’un fait des travaux.. Bizarre à 6h du matin dans un hôtel de ce genre..


    Oh non, oh merde ! C’est Ginie.


    Comment cette petite femme peut commettre autant de boucan par la seule force de ses narines ?
    Je suis épatée.
    j’ai envie de la cogner violemment, mais je suis épatée.


    Je tente ma technique préférée, celle qui porte ses fruits chaque nuit auprès mon ronfleur de mari, à savoir : le coup de pied latéral rotatif couplé d’un « tourne toi sur le côté ! »
    J’élance mon pied en vain, je n’arrive pas à l’atteindre, ce foutu lit est trop grand, et bien sur, elle n’entend pas ma consigne, tu m’étonnes avec tout ce raffut.
    Tant pis, je vais chercher un truc à me mettre dans les oreilles .. des parpaings ? du ciment frais ? Rien de tout ça à proximité, bon.

    Il fait encore nuit, subitement je me rappelle le nombre de kilomètres qui me sépare de chez moi et c’est reparti pour un tour.
    Panique, sueurs froides.
    Fait chier bordel de merde.
    Pas ici, pas maintenant lâchez moi la grappe enfin !
    Faut que je sorte de ce lit, je vais aller prendre une douche, si, c’est bien ça une douche, ça va me changer les idées.

    L’eau chaude me fait du bien, je me rends compte que la taille de cette douche équivaut à la taille de mes chiottes, je me demande à combien on pourrait tenir dedans, moi je dis quinze personnes à l’aise ou peut être vingt en tassant bien… on serait serrés, ce serait complètement con et on aurait du mal à se laver correct…

    BOUM BOUM BOUM

    Mais qu’est ce que c’est qu..

    « SERENA ! SERENA CA VA ? »

    C’est Ginie ? Merde, le bruit de l’eau l’aurait réveillé mais comment c’est possible ?

    « TU FAIS UNE CRISE C’EST ÇA ? OUVRE MA BICHE OUVRE JE SUIS LA ÇA VA ALLER MOI AUSSI JE PRENDS DES DOUCHES QUAND JE FAIS DES CRISES SORS OU JE DEFONCE CETTE PORTE »

    Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur, sa perspicacité ou le fait que je la pense sérieusement capable de défoncer la porte alors qu’elle n’est même pas fermée à clé.

    J’éteins, j’enfile un peignoir et je lui ouvre.

    « Ça va je vais bien, calme toi »
    « Ah tu m’as fait peur puréyy ma bicheu (accent bordelais) (je ne sais pas bien l’écrire, pardon), j’ai failli faire un AVC, j’ai cru que j’allais te retrouver les yeux révulsés et qu’il allait falloir te réanimer, comme tu m’as expliqué hier et je me rappelais plus exactement comment il fallait faire, alors j’ai refait un AVC .. »

    Note à moi même : ne jamais dire à plus hypocondriaque que moi qu’il m’arrive de faire des malaises vagaux avec perte de connaissance et yeux révulsés. Plus jamais.

    Une fois tout le monde calmé, je reçois un sms de Cynthia :

    « Sophie est partie courir ce matin, elle ne devrait plus tarder on se rejoint au petit déj ? »

    Voilà, elle est ce genre de personne Sophie, elle court.
    C’est déguelasse ça, de courir.
    Nous on pense qu’à aller bouffer et elle elle court !

    Le pire, c’est qu’en vrai, je l’envie, ça doit être génial de courir à cette heure ci sur la plage.. Si seulement j’avais pas la capacité pulmonaire et l’endurance d’un escargot sous respirateur j’aimerais courir près de l’océan moi aussi.
    À la place, je m’apprête à aller bouffer des tartines, chacun ses prouesses.

    Nous décidons du programme de la journée : respirer de l’iode, manger des huitres, aller au spa, marcher sur le sable, visiter un peu la ville, boire des verres, rire, admirer le coucher de soleil, boire des verres, kiffer, boire des verres, manger des tapas, rire.
    Peut importe l’ordre mais on veut absolument faire tout ça, tout le monde est d’accord.

     

    Au rocher de la vierge, je me prends une grosse claque.


    J’ai envie de pleurer du spectacle qui s’offre à moi.
    Chaque vague se fracassant contre les rochers m’emporte, il y a des promeneurs mais c’est calme, tout le monde se tait face à la puissance de l’océan.
    Le soleil me réchauffe, j’observe la bruine au loin, je me dis que je pourrais rester là des heures, des jours. Tous les jours.


    J’ai l’impression de recharger mes batteries, elles étaient plus qu’à plat et le corps envoyait des messages clairs depuis longtemps. Les voyants clignotaient rouge mais je n’avais pas de chargeur.
    Nous sommes toutes les quatre ensemble mais chacune dans sa bulle. Assises côte à côte sans dire un mot, mais ensemble.
    On se tait, on sait.

    Je vois les yeux des filles dans le vague, j’imagine ce à quoi elles pensent, à qui, aux enfants, aux amours, aux anges, à nous, à cette nouvelle amitié qui nait, qui s’impose, sans demander la permission, comme une évidence.


    « J’ai envie de marcher sur la plage les filles » je lance.
    « Alors on y va ! on va marcher sur la plage ! »

    C’est facile avec elles.
    Je pense à tenter un « j’ai envie d’un million de dollars en petite coupures » pour voir, mais en vérité j’en voudrais même pas. Ce que j’ai là tout de suite, ça vaut plus que ça.

    En marchant vers la plage je crois rêver.
    Je vois des gens se baigner.

    Des femmes, d’une soixantaine d’années, barbottent sourire aux lèvres, dans l’eau que j’imagine glacée.

    « Putain Sophie, je rêve ou elles ont des gants ? »
    « On dirait … »
    « Genre je veux bien nager dans l’eau gelée mais je déteste avoir froid aux mains, faut pas déconner ! « 

    Ça me semble irréel.

    Un monsieur plus âgé ne tarde pas à les rejoindre, et encore un, celui là chante pour se donner du courage et pour nous faire sourire, ils sont tous beaux ces gens, ils ont bonne mine, je suis admirative, moi si je me baigne là, je fais un cancer du glaçon.

    Quand même c’est tentant, alors on vire nos pompes, nous aussi, allez, juste les orteils.

    Un cri inhumain nous parvient, c’est Cynthia, je crois que ça veut dire qu’elle est froide.
    Ginie et moi on la rejoint. WOW Bordel. Je pense que si je plie mon pied il se casse net.
    J’ai gelé de l’intérieur, je me cryogénise c’est sur.

    Erreur de débutantes, on tente un selfie dos à l’océan.
    Au moment de prendre le cliché une vague nous fouette le cul, emportant ma Stan Smith, causant le 12ème AVC du jour à Ginie et flinguant nos pompes, chaussettes, jeans et sacs.

    Bravo les meufs, prix Nobel.

    On tente en vain de sécher et de se débarrasser du sable, je vois un groupe d’enfant de l’âge de mon fils ainé arriver avec leur planche de surf, je me revois habiller les miens comme des bonhommes Michelin dès le mois de septembre… j’ai une grosse goutte qui apparait sur mon front comme dans les dessins animés. Faut vraiment que j’arrête d’être aussi conne.


    Un panini chaud et une San Pé assise parterre face à cette vue, ça vaut tous les resto étoilés du monde.
    J’envoie un message à mes amies restées dans l’Est « je veux vivre ici »
    « tu dis toujours ça quand tu voyages ! » me répond Sarah, « t’as intérêt à sortir cette idée de la tête immédiatement Serena Giuliano Laktaf, je t’ai emmené à la gare, je viendrai te chercher à pieds, si il le faut » assène Sab, toujours modérée dès que j’évoque l’idée de partir vivre ailleurs qu’à 1km de chez elle.

    Je lance du pain aux pigeons, je sens Cynthia légèrement crispée, ah merde, elle a peur de ces volatiles.
    J’aurai pas du la provoquer, elle, d’habitude si positive, commence à balancer des trucs angoissants « le jambon a un gout bizarre non ? » et aussi qu’un jour « toute une famille est morte en mangeant des champignons, sauf le père qui n’aimait pas ça. »

    Immédiatement je sens que je fais une intoxication alimentaire, la faute au jambon bizarre, je me vois partir à l’hosto perfusée, et j’entends le médecin m’annoncer que je vais crever à cause des champignons.
    « mais il n’y avait pas de champignon Docteur, je vous jure, juste du jambon bizarre d’après Cynthia !! »
    « tant pis tu crèveras, je te dis »

    C’est con, j’avais rendez vous au spa de l’hôtel dans une demi heure…

    Finalement je ne suis pas morte et j’arrive au spa, on nous annonce un gommage et un massage, le kiff est total. Ginie et moi allons commencer puis ce sera au tour de Sophie et Cynthia.

    C’est le moment d’enfiler le string ficelle sexy.
    Ma co-équipière me dit que c’est vraiment pas confortable ces merdes, je lui suggère de l’élever et de le remettre à l’endroit, ça le sera un peu plus.

    « Ah oui »

    Mon nez coule, la faute au chaud/froid d’hier, et à la vague de ce matin.
    J’ai la tête dans le trou de la table de massage et ma narine droite goutte comme un robinet mal fermé.

    Ploc. Ploc. Re ploc.

    J’essaie de me moucher tant bien que mal mais tout le long du soin je vois la flaque qui se crée au sol devenir de plus en plus grande.
    Je me dis que je risque d’inonder l’institut à ce rythme là au vu de la taille de mes narines, j’imagine les masseuses emportées dans une vague de morve, j’hyper ventile.

    En sortant on croise les filles, l’une d’elle a pété un string en l’enfilant et en demande discrètement un autre, je ne dirai pas qui, j’ai peur que ça vexe Cynthia.
    Elles ont aussi demandé à la réception de nous ouvrir la piscine, pour après.

    Piscine extérieure chauffée à seulement (oui, SEULEMENT) 24 degrés.

    « Mais vous êtes folles va falloir se baigner maintenant ! j’ai le cancer du nez déjà et Ginie avec tous ses AVC elle va pas tenir le choc ! »

    Elles se foutent de nous, partent profiter de leur massage, nous laissant là avec notre tisane.

    « Elle a un gout bizarreu la tisane non ? » me chuchote Virginie « elle est dégueulasseu ? »
    « Elle est sans sucre, disons qu’on est pas habituées .. on mangera du chocolat en haut pour compenser »
    « Putain bonne idéeu mabicheu »
    « t’as vraiment un accent de cagole »
    « Hein ? c’est vraeuh ? mais nan l’accent de cagoleuh c’est Marseilleu, pas bordeaux hé »
    « Bon, tant que tu ne mets pas des cuissardes blanches avec un trait de crayon marron pour contour de lèvres, ça va ! »
    « Promis je te ferai pas ça, déjà que t’as failli révulser hiereu avec le collant chair de Sophie ma pauvreuh »


    En remontant dans la chambre il faut se rendre à l’évidence : ils nous ont ouvert la piscine.
    Je trempe un orteil, il y a un vent à décorner Valerie Trierweiler, j’annonce « CA NE VA PAS ETRE POSSIBLE »

    C’est là que Cynthia, avec une élégance rare, fait tomber son peignoir, et plonge, magistrale.
    Suivie de près par Ginie, et enfin par cette traitre de Sophie, m’obligeant donc à y aller, moi aussi, pour pas être la plus chochotte du groupe.

    J’y arrive, je tiens 3 secondes 27, un record, je sors frigorifiée en me disant que quand même, aujourd’hui, je cherche un peu trop à mourir à mon gout.

    Elles font des bombes, jouent comme des gosses, je suis obligée d’être la rabat joie de service
    « Vous sortez maintenant les filles, allez ! Les filles ! Non, Cynthia, tu sors ! Je l’ai déjà dit deux fois ! »


    Grâce à mon autorité naturelle, à peine 20 minutes plus tard elles sont dehors.

    C’est déjà l’heure du coucher de soleil, Sophie m’assure que ça va être magnifique, que depuis qu’elle est arrivée, quelque jours plus tôt, elle en prend plein la vue, chaque soir.

    On s’installe sur le muret de la côte des Basques. Et le spectacle commence.


    On se délecte de chaque détail, de chaque changement de couleur du ciel, c’est beau, c’est rose, orangé, avec une pointe de violet, je n’ai jamais vu ça, c’est le plus beau coucher de soleil du monde c'est sur, j’essaie de prendre des photos, ça ne rend pas bien, ce n’est pas aussi beau qu’en vrai, Sophie me chuchote de photographier avec mes yeux, elle a raison, ça imprimera chaque nuance dans mon coeur et aucun bug ne pourra jamais effacer ça.

    Je pense à Sabrina, qui m’a amenée à la gare la veille, je décide de l’appeler en FaceTime. Je dois partager ça avec celle grâce à qui je suis là. 
    On regarde, moi avec mes yeux elle via mon iPhone, et j’aimerai que ça ne s’arrête jamais.

    Lorsque le dernier rayon disparait derrière les montagnes chères à Ginie, quelque chose se produit.


    Je crois rêver mais non, mes compagnes d’aventure entonnent « Qui a le droit » de Patrick Bruel. Comme ça, de but en blanc.
    Je ne cherche pas à comprendre, et, solennelle, je chante avec elles, sous le regard étonné et amusé des passants, on offre nos voix de casserole au soleil, aux montagnes, à l’océan et au vent, en guise de remerciements.

    Je crois qu’ils en demandaient pas tant, j’ai vu plusieurs fois qu’une vague tentait de nous emporter pour qu’on se taise enfin, mais, n’écoutant que notre coeur, nous avons tenu bon, et chanté, chanté, chanté jusqu’à ce que notre ventre nous rappelle à l’ordre et qu’on décide d’aller enfin manger des huitres.

    Ginie se gare sans tuer personne ou emboutir quoi que ce soit, bel exploit, et, je crois que c’est Sophie, qui, à ce moment là, prononce une phrase très étrange.
    « Oh, on dirait Bertignac ! »

    De qui elle parle, ça restera un mystère. Mais on décidera que, à partir de cet instant précis, tout ce qui est inqualifiable, sera désormais, pour toujours défini comme « Bertignac ».

    il fait tellement bon qu’on s’installe dehors, le champagne s’occupera de réchauffer les plus frileuses d’entre nous. C’est à dire moi.
    La charcuterie arrive, ainsi que les fameuses huitres.
    J’ai une larme de bonheur qui coule sur ma joue.
    Cynthia me dit qu’elle n’en a jamais gouté, je lui jure qu’elle rate un truc de malade, on décide d’un baptême d’huitre, et après que j’ai prononcé ma bénédiction en direction de la mer, elle se lance et en gobe une : « j’ai rien senti ».


    J’ai envie de la tuer elle m’a gâché une huitre. Fait chier.

    C’est bon, c’est tellement bon, les meilleures que j’ai mangé, enfin j’en sais rien, je n’ai plus aucune objectivité.
    On rit on parle de cul, un peu trop crument et un peu trop fort, ce qui fait rire les tables voisines. Les anecdotes des unes et des autres nous valent des fou rires de ceux qui font mal au ventre, de ceux qui créent des souvenirs qui te donneront le sourire à chaque fois qu’en fermant les yeux, on repensera à cette soirée.

    Si je devais définir ce moment avec un seul mot ?

    Bertignac.

     

    Nous rejoignons le Regina pour diner, mais avant, on s’arrête au Phare à On.
    Avec Cynthia on décide d’imiter le cri de la galinette cendrée. Nous l’imitons comme personne.


    Heure du décès de nos quatre périnées : 21h.


    Avec mes mains je forme deux boules au bas du phare, et Ginie prend le tout en photo sous la direction artistique des deux autres.
    « Plus haut, à gauche, voilà, ne bouge plus »
    Je ne bouge plus, c’est une communion parfaite entre la femme et la pierre, le phare à on et moi on ne fait plus qu’un.

    Un gros zizi.


    Les passants appellent l’hôpital psy, on se sauve avant que l’ambulance arrive.

    Sophie s’endort à table, par micro siestes, de quelques secondes, voilà ce que c’est de faire sa sportive de bon matin, pendant que les copines elles se font un cul carré au buffet du petit dej.


    On fait semblant de ne pas la voir pour ne pas l’embarrasser « AHAHAHAHAH TU DORS LA VIEILLE, NE BAVE PAS DANS TON FOIE GRAS HEIN ! » , nous savons rester discrètes et élégantes.


    On termine la soirée au bar de l’hôtel, avec une verveine, et un cocktail sans alcool, on a 72 ans, on vend du rêve, mais au moins, on tient jusque tard dans la nuit.


    Sophie ponctue nos discussions d’un « hum, oui oui » toutes les sept minutes, pour qu’on remarque pas qu’elle pionce sec.


    Nous restons là longtemps, au milieu de cet hôtel sublime, de ce hall, seules au monde, en essayant de réprimer la tristesse qui commence à nous envahir, de se dire que demain, ce sera déjà fini.

     

    Samedi, 23 janvier 2016.

     

    Samedi, 23 janvier 2016.

     

     


    35 commentaires
  •  

    Avant - propos :

     

    Bon, alors voilà.

    Lorsque je suis partie à Biarritz il y’a deux semaines, je devais, en contre partie, écrire un article sur mon blog.

    Or, ce week end là a été important pour moi, bien plus important et bouleversant que ce que j’avais pensé vivre.

    Et le résumer dans un seul billet était impensable.

     

    J’ai voulu essayer de le raconter comme on raconte une histoire, d’en faire une nouvelle, en fait.

    Ça a été difficile pour moi de m’y mettre parce que je suis persuadée que je n’ai pas la capacité d’écrire comme ça. 

    J’admire tellement ceux qui savent, que ça me parait presque irrespectueux de tenter moi aussi et vraiment, je le dis sans fausse modestie aucune. 

    Je crois que je me débrouille bien pour raconter les choses mais dans des textes courts. Percutants. Sans fioritures.

    Alors j’ai tenté de refouler cette envie et de ranger cette idée quelque part, mais elle revenait sans cesse.

     

    Ce matin, la pluie battante aidant, je me suis collée sur mon clavier, et je n’ai pas réussi à m’arrêter de taper

     

    Au fur et à mesure des lignes, je me sentais de plus en plus libre, comme si j’apprenais à faire du vélo sans les petites roulettes.

    Ginie, Cynthia et Sophie m’ont donné l’impulsion jusqu’à ce que je chope l’équilibre nécessaire pour avoir assez confiance en moi.

    C’est quelque chose que j’avais rarement ressenti avant, comme si je me découvrais un pouvoir.

     

    Alors je ne sais pas ce que ça vaut, si ça vous plaira, je vous livre un premier extrait comme si je vous donnais un petit bout de moi, je vous demande de le lire avec bienveillance mais aussi de me donner votre avis honnête, de me dire si vous avez envie, ou non, de lire la suite, si ça vous plait ou pas, si je dois continuer, ou pas.

     

    Si c’est positif, vous aurez chaque soir de la semaine, un petit chapitre, il y en a 3 normalement ou plus je n'ai pas fini.

     

    Merci de prendre le temps de me lire, parce que écrire c’est bien, être lue c’est encore mieux.

     

    Allez, je vous emmène avec moi.

     

     

     

    Vendredi, 22 juin 2016

     

     

    Vendredi, 22 janvier 2016

     

    Trois heures du matin. Putain.

    Ça recommence. 

    "Essaie de ne pas y penser, rendors-toi, tout va bien, ne la laisse pas gagner ! "

     

    Trop tard. 

    Elle me broie les intestins, je me tords de douleur, j'ai mal, j'ai trop mal. 

    La gastro ?

    Non, non.

    C'est ma copine l'angoisse.

     

    Je dois monter dans un train dans 5 heures, direction le sud ouest, je dois retrouver trois filles que je kiffe, nous sommes invitées pour deux nuits dans un hôtel de rêve, avec spa, piscine et vue sur l'océan. 

    Et moi j'angoisse. 

    De partir, de laisser mes enfants, qu'il arrive un malheur pendant que je me prélasse au soleil, que mon monde s'écroule si je ne suis pas là pour le soutenir. 

     

    C'est une lutte hyper violente à l'intérieur de moi, il y a la femme qui a envie de se barrer et celle qui ne veut surtout pas partir qui s'arrachent les cheveux, se crèvent les yeux et se filent des coups de boule.

     

    Je regarde mon téléphone, des messages d'encouragements des filles, de mes amies, de mon mari. 

    "Ne la laisse pas gagner! "

    "Tu peux le faire! "

    "Tout va bien se passer, je m'occupe des enfants."

    "On t'attend ! Ce week end c'est toutes les quatre ou rien ! "

     

    Je me sens ridicule.

    J'ai l'impression de devoir partir en guerre... Je vais au Regina, quoi. 

    Mais l'angoisse se fout des étoiles et de la vue sur l'océan, l'angoisse veut juste te pourrir la vie. 

     

    Ma valise est bouclée, je suis certaine d'en avoir oublié la moitié, tant pis, je rejoins 3 autres meufs pour ce week end, à nous quatre on devrait avoir de quoi fournir toute une ville en produits féminins. 

     

    Tout mon trajet est calculé, prévu, étudié, il n'y a pas de place pour l'erreur. Je peux le faire et dans sept heures je serai sur place. 

     

    Premier train, premier problème. 

    25 putain de minutes de retard. 

    C'est foutu, si je rate le premier je rate les deux autres, et tout tombe à l'eau. 

     

    Il doit faire moins 8000 sur ce quai de gare, mon amie avec qui je suis au téléphone pour me rassurer comprend que c'est la merde, je pleure de rage, j'ai des stalactites sous les yeux, elle me dit de ne pas bouger, qu'elle arrive, qu'elle m'emmènera à mon TGV. 

    Je ne sais pas comment, mais quelques minutes plus tard je vois sa voiture débouler, elle est en pyjama. À l'arrière, ma filleule d'un an, à peine réveillée et avec son biberon dans la bouche doit se dire que sa marraine a vraiment un grain. 

     

    "On va y arriver enfin, on va essayer!" me dit mon amie.

    Je vois bien qu'elle n'y croit pas trop, c'est trop juste, mais elle essaie de toutes ses forces ça me donne envie de chialer, encore. 

    "J'ai pas eu le temps de pisser, mais on s'en fout, j'ai qu'un rein, ça fait moins de pipi à retenir!" 

    Je passe des larmes au rire, elle est con. 

     

    On arrive, je lui lance un "j'tez moi ici ! "

    Comme dans notre film préféré, "La cité de la peur", elle me dit "T'as 3 mn 12 d'avance, t'es large ! Profite putain ! " 

     

    Je lui promets de ne pas oublier ce qu'elle vient de faire. Elle sait très bien que ce ne sont pas des paroles en l'air. 

    À cet instant précis je me dis que l'amitié c'est ça, je ne peux pas le décrire avec des mots précis, mais c'est ça, c'est cet instant là, devant la gare. 

     

    Je saute dans le TGV, une seconde avant que les portes se referment derrière moi. 

    En effet j'étais large. 

     

     

    Envolée la peur. 

    Je suis en nage mais j'ai froid. 

    Plus rien ne m'arrêtera maintenant. 

     

    Enfin rien... 

     

    Paris. 

     

    J'ai une heure pour changer de gare et sauter dans le deuxième TGV qui m'emmènera à Bordeaux, la ville de Ginie.

     

    Ginie, Virginie. 

    Écrivain, blogueuse, maman, drôle et angoissée comme moi. Enfin un poil plus quand même. Soyons honnêtes. 

    Elle a tout pour me plaire cette femme, j'ai envie de la rencontrer depuis que je l'ai lue la première fois et qu'elle a mis à rude épreuve mon périnée.

     

    On échange depuis longtemps maintenant en privé, par SMS ou par téléphone, mais la distance et nos angoisses respectives compromettaient un peu la chose. 

    C'est le jour J. 

    Je vais la serrer dans mes bras, j'en ai envie, alors que je déteste ça, serrer les gens dans mes bras. 

    "Qu'est-ce qui m'arrive bordel..." 

     

    Je suis brutalement arrachée à mes pensées lorsque, en sortant de la Gare de l'Est j'aperçois mon chauffeur, censé me conduire à Montparnasse, entouré de ce qui va devenir mon problème numéro deux : la police. 

     

    Un rictus nerveux me fait trembloter la lèvre, je sens que ça va merder, je monte dans la voiture, le chauffeur me rassure, le policier me rassure, on est large, j'aurai mon train. 

     

    Bon. 

     

    L'heure tourne, l'un ne trouve pas ses papiers, les autres sont d'une lenteur à peine croyable, j'ai envie d'aider le premier à chercher sa foutue feuille et de secouer violemment les deuxièmes, tout à coup en grande conversation avec un passant. 

    Je vais tous les tuer.

     

    Vingt minutes plus tard on a toujours pas bougé mon train est dans quarante minutes et la gare à trente… Sans compter les bouchons. 

    Faut pas avoir fait Maths Sup pour arriver au résultat de l’équation : VA NOUS FALLOIR UN MIRACLE.

    J'ai des tics a l'œil gauche. 

     

    On finit par démarrer, je suis le trajet sur la tablette devant moi, ça n'avance pas vite du tout, on est resté 3mn17 bloqués à "arrivée dans 11mn"...

     

    Je suis en nage, je venais à peine de sécher. 

     

    J'aperçois la tour d'un autre de mes films préférés, je lance un :

     

    "C'est de toute beauté, j'tez moi ici Marie Joelle! "

    Le mec ne pige pas la blague me dit que je suis large, promis, et qu'il est désolé.

     

    Mon quai est à l'autre bout de la gare,

    Mon wagon est tellement loin que si je continue encore 100 mètres je pense que j'arrive à Bordeaux à pieds. 

     

    Je monte. 

    J'entends siffler. Le train oui, de rien. 

    On démarre. 

     

    Il me faut un whisky.

     

    Je somnole pendant le trajet, la faim me réveille. 

    Ah oui, je suis à jeun depuis 24 heures, l'angoisse veille à ce que tout sorte de mes intestins et à ce que surtout rien ne rentre. 

    Glamour, j'te jure.

     

    Le couple devant moi s'enfile un sandwich à la mortadelle, l'odeur me fait baver sur mon écharpe qui me sert de coussin... Une idée me traverse l'esprit, leur sauter dessus en chevauchant le siège, créant ainsi un effet de surprise, leur arracher leur casse dalle en hurlant "C'EST MON MANGER ! " puis m'empiffrer comme une psychopathe devant leurs yeux ahuris. 

    Je soumets l'idée à mes amies par sms.

    Elles m'encouragent. 

    Je les soupçonne d'être en manque de sensations fortes. 

     

    Je finis par me raisonner, déjà je suis pas très souple, en plus je suis crevée et surtout j'ai moyen envie qu'on me surnomme "la femme mortadelle"... 

    Je vois d'ici les titres sur le net : "Exclusif : une blogueuse affamée agresse un pauvre couple et leur vole leur repas... " on expliquerait que l'odeur de la mortadelle me rend folle depuis l'enfance, on interviewerait ma psy qui avouera que c'est un problème qu'elle a en vain tenté de régler, que cette charcuterie me rend violente et imprévisible... 

    Je me rendors. 

     

     

    "Mesdames et messieurs vous êtes arrivés en gare de Bordeaux ! "

     

    Putain qui l'eût cru. 

    J'y suis.

     

    Je vais rejoindre les filles, en manger une des deux - j'ai encore la dalle si vous suivez -  et dans 2 heures on sera les doigts de pieds en éventail face à l'océan.

     

    Il fait doux, le soleil est là, cette ville sait incontestablement comment accueillir. 

     

    Je crois apercevoir au loin une petite femme aux cheveux rouges agitant une banderole.

     

    Je plisse mes yeux de myope : c'est du PQ ! Et c'est Cynthia ! 

     

    Cynthia ou un mètre moins le quart de positivisme et de bonne humeur. 

    C'est une fille avec qui tu ne peux pas déprimer, impossible. 

    On devrait la rembourser comme du Xanax. 

    Si t'as une baisse de moral hop, une heure de Cynthia et tout va mieux. Ta vie redevient colorée comme ses cheveux ! 

    Je suis contente qu'elle soit la, elle sera notre bouée de sauvetage en cas de tempête de stress et d'angoisse ! Elle est notre mère à toutes, cette maman bavarde. 

     

    BOUM.

     

    Derrière elle, un Picasso vient de reculer tout droit sur un poteau. 

    La voiture, pas un tableau du défunt peintre.

    Merde, Ginie. 

    Elle vient d'emboutir sa caisse, descend avec un sourire de 10 mètres de long et me serre tellement fort... ça fait du bien.

    J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi content d'emboutir sa voiture.

     

    "Tu l'as fait ! T'es une championne ! " me dit elle avec son accent chantant. 

     

    Si quelqu'un l'entend m'adresser ce compliment il pourrait croire que là, avec ma valise, je rentre tout juste d'un voyage humanitaire. 

    J'ai un peu honte, mais ceux qui subissent les crises de panique au quotidien, comme moi, comme Virginie, savent que voyager seule et loin de chez soi est un petit exploit personnel non négligeable. 

    Je range la honte et je me promets en silence de m'engager dans une mission humanitaire, un jour. 

     

    Nous sommes presque au complet, nous partons direction Biarritz rejoindre la dernière pièce de ce puzzle qui, au fur et à mesure qu'il s'assemble, me donne un aperçu qui me plait vraiment beaucoup. 

     

     

     

    "J´irai où tu iras, mon pays sera toi

    J´irai où tu iras qu´importe la place

    Qu´importe l´endroit ! "

     

    Celine hurle dans la voiture et nous avec elle.

    C'est ignoble, on donnerait envie à un sourd de s'enfoncer des cotons tiges dans les oreilles jusqu'à ce que les deux bouts se touchent. 

     

    "Tu vois les montagnes ? Ah zut on ne les voit plus ! " 

    "Là ! Là les montagnes ! " 

    Je ne vois rien, je suis myope comme une taupe, mais Ginie tient à ce que je les voie. Alors au bout de douze fois je lui dis que oui. Que je les vois.

    "C'est magnifique", j'assure. 

    Parce que ça doit sûrement l'être pour la passionner autant. 

     

    Elles m'avaient préparé un pique-nique,

    La voiture ressemble à un champ de ruine, y a des épluchures de mandarine, du papier essuie tout, des trousses de maquillage, des bouts de cake. 

    On rit en imaginant la tête du voiturier. 

    Il risque de se souvenir de ce Picasso entre deux Porsche. 

     

    Tout à coup c'est le déluge. 

    Le ciel s'assombrit, on ne voit pas à deux mètres, ce qui ne change pas grand chose pour moi, soit.

     

    Ginie annonce qu'on est arrivées, elle nous indique le phare, je glisse « à on », je me dis que j'ai bien fait de venir, ça me change du temps de l'est. 

    J’ai beaucoup d’humour.

     

    On décide de s'en foutre, de descendre sous le déluge pour admirer la plus belle vue de Biarritz. 

    On est trempées, on voit pas grand chose mais l'essentiel est là : l'océan, le rire réconfortant de celles qui m'ont fait traverser la France, et ce sentiment génial qui m'emplit le ventre, le bonheur. 

     

     

     

    Dans le hall de l'hôtel, j'ai l'impression qu'on est une parfaite réplique des "Tuches".

    On a les yeux et la bouche grands ouverts, on émane des sons à base de "waaaaah" "ohhhhhh", on filme, on snapchatte, on instagramme. 

    Trois femmes trempées jusqu'aux os, des cœurs dans les yeux et beaucoup trop bruyantes, le personnel nous cerne rapidement, je lis dans leurs yeux un mélange d'appréhension et d'amusement pour les 48h prochaines heures.

     

    "Vous êtes surclassées, nous vous avons réservé deux suites." 

     

    Je crois que Ginie s'est pissé dessus à ce moment précis, j'ai dû retenir Cynthia de sauter à pieds joints sur le canapé et moi il a fallu me réanimer avec des gifles. 

     

    Les suites sont somptueuses. 

    Ginie demande à dormir avec moi, parce que je ne ronfle pas, et que elle et Cynthia oui. 

    Et que si elle ne dort pas bien elle angoisse. 

    Ça me va. 

    J'ai l'habitude des ronfleurs. Et des angoisses. 

    C'est parfait.

    Elle est contente parce que de notre fenêtre on voit les montagnes. 

    Je crois qu'elle fait une fixation. 

     

    Sophie ! Elle est là. 

    On hurle par la fenêtre comme des femmes distinguées dans un hôtel de luxe. 

    « WOUHOUUUUU ON EST LÀ MA POULE C’EST LE KIFF ICIIIIIII VIEEEEENS ! »

     

    Elle monte nous rejoindre, elle a du champagne. 

    Mais ce n'est pas que pour ça que j'aime autant Sophie.

     

    J'aime ses livres, son humour, sa sensibilité, son talent immense et sa douceur. 

    Sophie c'est une femme que je trouve belle. J'ai des critères particuliers en beauté féminine, j'aime les visages atypiques, les beautés naturelles, sans artifice. J'aime les femmes élégantes, délicates, drôles et intelligentes. 

    Ouais, si j'avais été un mec hétéro ou une femme homo, j'aurais galéré pour me trouver une meuf ou alors il aurait fallu que Sophie accepte de m'épouser. 

     

    Nous sommes au complet. 

    Au bout de 2 coupes de champagne on a déjà pleuré de rire et de peine, on a utilisé une bonne partie de notre vocabulaire fleuri à base de "couilles" "bite" "pute" et, après un ravalement de façade, en équilibre instable à cause de l'alcool sur nos talons de fille, nous allons dîner dans le restaurant de l'hôtel. 

     

    Je ne sais pas si ce sont les plats délicieux, le vin parfait, le personnel adorable supportant nos blagues relou, le lieu irréel ou celles qui ont partagé tout ça avec moi qui ont fait de cette soirée un moment inoubliable, mais je m'endors sereine, comme un bébé, dans ce lit immense, en me disant que j'avais réussi ma mission humanitaire à mon échelle. 

    Aujourd'hui, je me suis une peu sauvée, moi. Je respire. Je vis.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    88 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique