• J'ai reçu des fessées, j'en suis pas morte.

    Je ne me suis jamais exprimée sur la fessée, aujourd’hui, parce qu’un projet de loi important visant à l’interdire, a été voté, je vais le faire. 

     

    J’ai eu mon premier fils à 22 ans et j’ai été élevée dans une famille où, mettre une fessée à un enfant, était quelque chose de totalement banal. 

    C’était même ce qu’il fallait absolument faire, pour avoir des enfants bien élevés. 

     

    Au vu de ce que j’ai fait endurer à l’adolescence à ma mère, je me suis souvent dit qu’elle n’avait pas dû taper assez fort. 

    Donc bref, pendant les premières années où j’ai été maman, j’ai parfois reproduit. 

     

    Aujourd’hui, ça fait partie de mes plus gros regrets dans la vie, j’ai souvent demandé pardon à mon fils pour ça. 

     

    Je ne veux pas que mes enfants me craignent. 

    Je veux qu’ils aient confiance en moi et qu’ils me respectent. 

     

    Mais, comment avoir confiance et respecter quelqu’un de violent ?

    Comment intégrer que frapper c’est mal, que c’est interdit de taper son camarade qui ne veut pas prêter son jouet, si la même personne qui nous enseigne cela, nous tape à son tour lorsqu’on la contrarie ? 

     

    Et puis, comment expliquer qu’on est tous prêts à intervenir si on voit une femme se faire taper dessus dans la rue, qu’on interviendrait même pour un chien se faisant battre par son maître, mais pas pour un enfant ? 

     

    Un jour, parce que j’ai assisté dans un centre commercial à un papa excédé qui fessait son enfant, je me suis posé cette question. 

    Je suis restée là, et je n’ai rien fait. 

    Je serai intervenue pour un adulte, pour un vieillard, pour un animal et pas pour un enfant ! 

    Mais pourquoi ? Pourquoi ?  

    Parce que c’est si profondément ancré en nous, parce qu’il est difficile d’admettre que ce qui se fait depuis des années n’est pas la bonne façon de faire. 

    Parce qu'il est plus difficile de vouloir changer que de reproduire. 

     

    Je le sais, je l’ai vécu. 

    On a tendance à juger ceux qui nous mettent le nez dans notre merde, dans nos contradictions, plutôt que d’admettre qu’on a peut être tort.

    Je le sais, je l’ai fait.

     

     

    Alors bien évidement qu’il faut cesser les violences éducatives. 

    Et toutes les violences, on ne peut pas les hiérarchiser, physiques et morales, car il est impossible de mettre tout le monde d’accord sur la gravité d’un coup porté à un enfant. 

    Parce qu’on dira qu’une fessée sur une couche ce n’est pas la même chose qu’une gifle. 

    Qu'une humiliation n'est pas comparable à une douche froide.

    Qu’une tape sur la main ce n’est pas battre son enfant. 

    Et c’est vrai. 

    Mais c’est tout aussi inacceptable. 

    Il n’y a pas de petites violences. Alors il faut les stopper toutes. C'est l'unique solution.

     

    Et cette loi est importante pour que les mentalités changent profondément. Pour qu'on intègre que non, frapper son enfant ce n'est PAS normal.

     

    Je ne vais pas mentir, c’est un cheminement difficile d’apprendre à faire autrement. Ça l'a été pour moi.

    Parce que ce n’est pas naturel, parce qu’il faut se remettre en question et se demander comment changer. 

    Aujourd’hui nous avons tout un tas d’outils (livres, reportages, blogs, revues, vidéos, et j’en passe) pour comprendre, pour apprendre et pour faire autrement. 

    C'est possible, vraiment.

    Une fois qu'on réalise que oui, ça marche, que oui, c'est mieux pour nos enfants et pour nous aussi, on ne revient plus jamais en arrière.

    Ne pas frapper son enfant ne veut pas dire être laxiste. 

    Cela ne veut pas dire ne pas fixer des règles, des limites. Cela veut dire l’élever autrement. 

    Et non, ne me dites pas que ça dépend de l’enfant. 

    Même si il y a des enfants plus « difficiles » que d’autres. Justement, ce n’est pas une gifle ou une fessée qui aidera un enfant « difficile » à devenir plus « facile » bien au contraire. 

     

    Ne faisons tout simplement pas à nos enfants ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse, à nous. 

     

    Il est toujours temps de changer, il n’est jamais trop tard pour demander pardon. C'est important de le faire et ce n'est pas une honte.

     

    Certains d'entre nous ont subi ces violences éducatives et pensent ne pas avoir été traumatisés pour autant, mais qui dit que nos enfants ne le seront pas, eux ?  

    Ils sont des êtres à part entière, pas des clones de leurs parents. 

     

    Je sais que ce billet risque de susciter beaucoup de commentaires, et je voudrais juste répondre d'avance à ceux qui, inévitablement, me diront : "moi aussi j’ai reçu des fessées, et j’en suis pas morte".

    Vous savez quoi ? Ceux qui en sont morts ne sont plus là pour témoigner. 

     

    J'ai reçu des fessées, j'en suis pas morte.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Julie
    Vendredi 30 Novembre à 14:35

    Bonjour,

    Je suis 100% d'accord avec toi et je te rejoins sur tous les points. Je ne vais donc pas développer plus, tu l'as parfaitement fait.

    Ce qui me choque aujourd'hui c'est que nous sommes obligés de faire une loi pour cela... Le dialogue, l'éducation, l'évolution, la communication... n'auront donc pas suffit pour faire changer les mentalités ? C'est bien triste. En cas de doute, de panique (et on a tous et toutes été confrontés à ces sentiments envers nos enfants), il y a du monde pour nous aider (médecins, pédiatre, PMI, etc.). 

    Je ne suis pas parfaite, je suis Maman du mieux que je peux, j'ai fait et je ferai des erreurs avec mes enfants. Mais j'essaie d'apprendre, de comprendre, de me renseigner. Je suis déjà allée voir un psy pour savoir comment me comporter face à des situations compliquées avec des enfants. C'est rassurant et ça permet de se poser les bonnes questions je trouve.

    Est-ce la loi qui va permettre l'évolution ? Oui si elle ouvre au dialogue. Sinon...

    2
    Vendredi 30 Novembre à 14:35

    Hello,

    bon tu as bien fait de ne pas te dégonfler ! smile

    Bravo pour ce bel article, je suis complètement d'accord avec toi et la difficulté de ne pas reproduire ce qu'on a vécu.

    J'attends bb n°1, j'espère que j'ai maintenant assez mûri pour arriver à m'émanciper de tout ça. Mais bon ça fait un moment que je m'entraine ;-) Entre mes années d'animatrice lorsque j'étais étudiante et mes 10 années d'enseignement en primaire puis avec des enfants handicapés, je mesure le chemin fait et mon évolution... Pas sur les coups hein ^^ mais ma rapidité à crier vs les stratégies acquises pour faire baisser la pression et le travail sur la relation avec les enfants, le groupe.

    J'enseigne dans un hôpital psychiatrique depuis quelques années et je peux parfaitement témoigner de ce que créent ces violences chez certains enfants. Quelques enfants sont malades parce que "pas de bol", ça leur est tombé dessus,comme une autre maladie mais une grande partie sont malades de leurs premières années de vie : violences, carences éducatives...

    Bravo et merci pour ta bonne humeur et tes réflexions sur la vie.

    Amicalement

    3
    Nonojaju
    Vendredi 30 Novembre à 14:47

    Je voulais juste te dire : MERCI !! C'est tellement ça !! A chaque fois qu'on me rétorque "mais lmoi j'en ai reçu je suis pas mort", j'ai envie de leur dire qu'il y a plein d'enfants qui en sont plus là malheureusement pour le dire.... C'est LA réponse que je déteste entendre et qui me fout en rogne !!

    Donc encore une fois MERCI Serena pour ton article juste et dans lequel je me retrouve à 1 000 % !!

    4
    Violette
    Vendredi 30 Novembre à 14:50
    Bravo et merci pour cet article que je trouve ô combien nécessaire, ô combien bien écrit, ô combien bienveillant et pas moralisateur. La fin m'a donné des frissons.
    Ayant grandi dans une famille ou la violence n'existait pas, ça ma toujours semblé évident de ne pas frapper mes enfants. MAIS parfois ma volonté à été mise à rude épreuve face à mon fils que je n'arrivais pas à "cadrer", et j'ai découvert à quel point l'idée de la fessée vient rapidement à l'esprit même si ça n est pas du tout ma nature. Le besoin de puissance et de domination via ce geste arrive à notre esprit. C'est plus difficile de réfléchir rapidement à "quoi faire" pour sortir de la situation de crise que de taper. Sauf que non ça n est pas une solution. On ne tape pas pour que l'enfant comprenne qu'il n'a pas le droit de taper. On ne tape pas pour calmer. On ne tape pas une personne (ni un animal) qui est notre égal et pas un inférieur. C'est difficile parfois mais la bienveillance finit toujours par payer et fait de nos enfants des être équilibrés, tolérants et sûrs d'eux mêmes.
    Merci Serena vraiment
    5
    Nathea
    Vendredi 30 Novembre à 14:58
    Hello !
    Cet article est très bien écrit. Moi aussi j'ai reproduit ces fessées qu'on m'a donné sans me traumatiser ni me tuer, pas par méchanceté mais parce que j'étais épuisée et au bout du rouleau j'ai mis des fessées.
    J'ai toujours demandé pardon après et expliqué à mon garçon que je n'avais pas a lever la main sur lui, même si c'est une petite tape sur la main, une petite sur les fesses rembourées. J'ai appris à prendre du recul lorsque l'épuisement arrive et que je sens que je craque nerveusement. Être mère au foyer c'est pas facile et arriver a prendre du temps pour soi c'est dur. Mais essentiel. J'ai aussi appris à déléguer pour éviter de craquer. Je n'ai plus recommencé, mais deux ou trois fessées à mon fils me font culpabiliser encore. Évidemment qu'il faut punir les violences, évidement que nous devons élever nos enfants différemment. Merci pour cet article.
    6
    Meiling44
    Vendredi 30 Novembre à 14:59
    Merci pour cet article Serena. Ca fait du bien à lire.
    Moi même j'ai été élevée à la fessée. J'ai même eu le droit au tirage de cheveux car c'est plus facile à attraper...
    Bref j'ai commis des erreurs et je regrette moi aussi.
    Mais moi aussi je ne veux pas que mes enfants me craignent.
    Mais des fois, je me sens seule.
    Alors merci de me rappeler que non.
    7
    Lucile YZ
    Vendredi 30 Novembre à 15:06
    Merci Se pour tes mots si justes... Il n'est jamais trop tard pour s'améliorer et nous avons toutes cette chance ! Merci de ne pas t'être dégonflée. Tu m'as permis de faire suivre cet article à une personne tourmentée par son enfance... Plutôt que de culpabiliser les parents, on a les clés en nous... Merci merci j'espère qu'il sera lu et compris par moulte et moulte gens...
    8
    CC
    Vendredi 30 Novembre à 15:16
    Pourquoi là où nous sommes heureux de profiter du progrès en matière de mécanique, d’électronique et autres, nous ne profitons pas de la même manière des progrès et découvertes qui sont faits concernant l’éducation. Je ne comprends pas…
    Ces changements impliquent de profondes remise en question et je conçois que ce soit difficile pour certains.
    Mais comme on se sent mieux lorsqu’on fait ces choix, qu’on les assume...

    Merci pour ces mots dans lesquels je me retrouve complètement.
    9
    Guimauve
    Vendredi 30 Novembre à 15:24

    Merci pour ton article.
    On reçoit beaucoup de pression de la génération d'avant, qui nous encourage à taper nos enfants.

    Ça me met hors de moi, j'ai envie de leur faire remarquer que c'est peut-être parce qu'ils ont été tapés que leurs enfants sont ingérables maintenant... Mais je me tais. Pour ne pas leur faire de peine. 

    10
    Laure
    Vendredi 30 Novembre à 16:20
    Ben moi j'en ai reçu... et quelque part j'en suis morte. La petite fille que j'étais à été détruite par les gifles, les fessées, les humiliations, les coups de pieds... et parfois quand mon fils est insupportable je sens monter en moi la colère et la méchanceté de mon père mais je lutte pour ne pas la recracher sur mon fils... rien ne mérite un tel traitement... et même si mon 2eme est un enfant que tout le monde qualifie de "difficile" (sauf moi...) ça ne le rendra pas plus facile... ça j'en suis sûre.
    Et je ne veux pas que mes garçons aient à se reconstruire comme moi je dois le faire...
    11
    Gallou
    Vendredi 30 Novembre à 16:52
    Coucou, alors oui une fois j ai donné une giffle on s'en rappel tout les 2 je me suis largement excusé et mon fils aussi, cela aurait jamais du arrivé, peur colère mais c est pas une raison. Je criait ensuite mais pareille cela a ses limite et ne fonctionne pas. Mais finalement la confiance a été le meilleur moteur et pourtant j étais seul pour élever mon fils qui paraît il est très bien élevé et un bon garçon. Donc pas de fessés ou autres pas de crie, et parfois des punitions mais courte et adapté.
    12
    coccie
    Vendredi 30 Novembre à 21:20
    Juste merci pour nos enfants.
    13
    Samedi 1er Décembre à 14:53
    les pieds dans l'o

    Des mots très justes et un cheminement difficile à effectuer lorsqu’on a été élevé comme ça!!! C'est un travail quotidien pour trouver une soupape quand on sent la colère déraisonnable qui monte! Les parents comme nous sommes se diront :"mais qui sont ces gens pour nous apprendre à éduquer nos enfants?"..;La prise de conscience vient après, ou grâce a des articles comme le vôtre!

     

    14
    Dalva
    Dimanche 2 Décembre à 13:44

    Très bel article, bravo pour cette mise au point. J'ai reçu fessées, coups de ceinture (alors que franchement j'étais le modèle de l'enfant sage, docile, bonne élève...) et il était évident que ma fille serait épargnée. C'était également une évidence pour son père (même si on n'était pas d'accord sur grand-chose ! ), ça n'a jamais été objet de débat : on ne frappe pas un enfant. Ma fille n'a jamais reçu le moindre coup, gifle, fessée, c'est une enfant bien éduquée, qui a de belles valeurs. La seule fessée qu'elle a reçue venait de mon père, et crois-moi qu'il m'a entendue ! Comme tu le dis si bien : "Je ne veux pas que mes enfants me craignent. Je veux qu’ils aient confiance en moi et qu’ils me respectent."

    15
    Dalva
    Dimanche 2 Décembre à 18:15

    Très bel article, bravo pour cette mise au point. J'ai reçu fessées, coups de ceinture (alors que franchement j'étais le modèle de l'enfant sage, docile, bonne élève...) et il était évident que ma fille serait épargnée. C'était également une évidence pour son père (même si on n'était pas d'accord sur grand-chose ! ), ça n'a jamais été objet de débat : on ne frappe pas un enfant. Ma fille n'a jamais reçu le moindre coup, gifle, fessée, c'est une enfant bien éduquée, qui a de belles valeurs. La seule fessée qu'elle a reçue venait de mon père, et crois-moi qu'il m'a entendue ! Comme tu le dis si bien : "Je ne veux pas que mes enfants me craignent. Je veux qu’ils aient confiance en moi et qu’ils me respectent."

    16
    Virginie
    Dimanche 2 Décembre à 21:21
    Tres bon article. J ai été violente deux fois avec mon fils et j’ai encore d’enorme remords. Un jour je lui demanderais de me pardonner. Il a à quelque chose de très vrai dans ton post : notre intervention quand un parent frappe son enfant. C est impossible. Enfin moi non plus j étais folle de rage de voir ce papa frapper son petit enfant mais je n arrivais pas à intervenir. Je ne sais pas comment je pourrais faire si demain ça se reproduisait. Autre chose très vrai, si une fessée pourrait aider à convaincre un petit enfant et qu’il ne comprend que ça, quand il devient grand et qu on ne peut plus le frapper pour le convaincre ben ... c est dommage ! Conclusion mieux vaut apprendre à le convaincre autrement dès le début ça nous fera gagner du temps quand ils seront plus grands ! Enfin... j espère ! On verra ! Bonne soirée
    17
    caro
    Lundi 3 Décembre à 14:53

    Merci pour tes mots, si justes et si forts !

    18
    Pascal
    Jeudi 6 Décembre à 15:12
    Bonjour et bravo. Frapper, c'est vouloir dresser. Éduquer c'est enseigner, montrer par l'exemple le sens des valeurs, des responsabilités. C'est plus difficile mais... Que voulons nous pour nos enfants ? Si on les frappe, ils deviendront des adultes qui frapperont. Si on leur enseigne, ils deviendront des adultes qui auront appris à réfléchir...
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